AISA

 
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Encore. Ma vie se définissait selon elle, par son contraire, ses contours. Et j'aurais pu écrire longtemps sur elle, à propos d'elle. Mais à vrai dire, je ne savais tout simplement plus dans quelle langue écrire. Une paralysie parallèle. Dans ma tête, les mots se cognaient les uns aux autres. Souvent des synonymes. Ils se reconnaissaient bien évidemment. Parfois ils se montraient du doigt, m'obligeant à en choisir un parmi les autres. Mais cela me contraignait ensuite à choisir les autres mots faisant partie de la même collection. Et ça, c'était très embêtant pour moi. Je le vivais comme une infraction à ma liberté. Ma liberté qui m'était si chère. Cela dit, ce mot "liberté", quel sens avait-il pour moi? Était-il le même dans chaque langue? Ou seulement le reflet de l'un puis de l'autre? Ma liberté était peut-être en quelque sorte une espèce d'autarcie, de solitude. Un refuge. Et ces mots pâteux, boueux, entouraient mon refuge tel un lac . Parfois j'osais mettre la tête au dehors et regarder le lac. Parfois je m'y baignais avec un plaisir nocturne. 

Alors la nuit, oui, la nuit, qui est déjà si noire et si dense, la nuit me susurrait que les mots étaient ma perdition. Elle me voulait muette. Silencieuse observatrice de mes mouvements. De longs et lents gestes qui autoriseraient mon corps à se sentir, à se vivre. La nuit était mon secret.